Vous gérez une reprise après arrêt de travail et le salarié ne se présente pas : vérifiez d’abord si une visite de reprise doit être organisée et si la suspension du contrat est terminée. Recherchez ensuite une prolongation ou un motif légitime. La présomption de démission n’est envisagée qu’après ces contrôles. Cette séquence complète le guide pilier sur l’abandon de poste.
Qualifier l’arrêt de travail et dater la reprise possible
Avant toute démarche pour abandon de poste, vous devez déterminer si le contrat est encore suspendu et jusqu’à quand. Cela passe par la qualification précise de l’arrêt et l’identification d’une date de reprise théorique, en tenant compte, le cas échéant, du fait qu’une visite de reprise obligatoire conditionne la reprise effective.
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Vérifier la suspension du contrat et ses effets
Pendant l’arrêt, le contrat est suspendu : vous ne pouvez pas sanctionner l’absence couverte par l’arrêt, et la rupture ne peut pas être motivée par l’état de santé. En AT/MP, la rupture pendant la suspension n’est possible que dans les cas strictement encadrés (faute grave ou impossibilité de maintenir le contrat pour un motif étranger : art. L.1226-9 Code du travail). Les périodes de suspension comptent pour l’ancienneté (art. L.1226-7). À l’issue de la suspension, le salarié doit retrouver son emploi ou un emploi similaire avec une rémunération au moins équivalente (art. L.1226-8), sauf cas d’inaptitude.
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Identifier la nature de l’arrêt sur les documents
- Arrêt maladie non professionnelle : mention maladie, sans mention
ATouMP, prise en charge maladie. - Accident du travail : mention
AT, date de l’accident, parfois référence à la déclaration d’accident. - Maladie professionnelle : mention
MPou référence à une décision de prise en charge comme maladie professionnelle par la CPAM.
Contrôlez les mentions sur les volets d’arrêt et, si besoin, les décisions de prise en charge de la caisse.
- Arrêt maladie non professionnelle : mention maladie, sans mention
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Repérer les prolongations et la fin de l’arrêt
Reconstituez la chronologie : arrêt initial, puis chaque prolongation avec ses dates de début et de fin. Tant qu’un arrêt couvre la période, le contrat reste suspendu. En pratique, la date théorique de reprise correspond au lendemain de la fin du dernier arrêt connu couvrant la période, mais si une visite de reprise est obligatoire, la situation doit être sécurisée par l’organisation de cette visite : c’est elle qui permet de constater l’aptitude ou l’inaptitude et d’éviter de traiter trop tôt l’absence comme injustifiée.
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Distinguer la protection selon la nature de l’arrêt
Type d’arrêt Pendant la suspension Au moment de la reprise Maladie non professionnelle Rupture non fondée sur l’état de santé ; vigilance renforcée tant que la suspension n’est pas clairement terminée. Une absence après la date de reprise théorique ne se traite comme « injustifiée » que si la reprise est juridiquement sécurisée (notamment au regard de la visite de reprise si elle s’impose). Accident du travail / maladie professionnelle Rupture possible seulement pour faute grave ou impossibilité de maintenir le contrat pour un motif étranger à l’AT/MP (art. L.1226-9) Même logique : avant d’envisager une procédure liée à l’absence, sécuriser la reprise et ne pas contourner la protection AT/MP. -
Déterminer le point de départ (J0)
À l’issue du dernier arrêt de travail, identifiez un J0 correspondant à la reprise attendue. Lorsque la visite de reprise est obligatoire, vous devez saisir le service de santé au travail dès que vous avez connaissance de la date de fin d’arrêt, et l’examen a lieu le jour de la reprise effective ou au plus tard dans les 8 jours (art. R.4624-31 ; Cass. soc., 03/07/2024, n° 23-13.784).
C’est à compter de J0, et en l’absence de nouvel arrêt couvrant la période, que l’absence peut être qualifiée d’injustifiée et qu’il devient possible d’enclencher ensuite la mise en demeure préalable à la présomption de démission (art. L.1237-1-1 ; art. R.1237-13), en respectant un délai d’au moins 15 jours.
Vérifier et organiser la visite de reprise avant de parler d’abandon de poste
Avant toute logique d’abandon de poste, sécurisez le sujet de la visite de reprise quand elle est due. C’est elle qui cadre la reprise (aptitude / aménagements / inaptitude) et, en cas de carence, le risque prud’homal augmente (notamment si le salarié demande la visite et se tient à disposition : Cass. soc., 28/10/2009, n° 08-43.251 ; Cass. soc., 03/07/2024, n° 23-13.784).
- Rappelez-vous l’effet et l’enjeu de la visite de reprise
Lorsque la visite est obligatoire, vous devez la déclencher et la tracer : elle permet au médecin du travail de vérifier la compatibilité du poste avec l’état de santé, de préconiser des aménagements et, si nécessaire, de rendre un avis d’inaptitude (art. R.4624-31 et R.4624-32 Code du travail). Tant que ce cadre n’est pas posé, évitez de bâtir une procédure sur une situation médicale ou administrative mal verrouillée.
- Identifiez les cas où la visite est obligatoire
La visite de reprise est due dans les cas prévus par l’art. R.4624-31 du Code du travail, notamment :
- après congé maternité ;
- après maladie professionnelle ;
- après certaines absences pour accident du travail et pour maladie ou accident non professionnel, selon les seuils applicables au cas (les décisions rappellent l’importance de se placer sur la bonne version du texte : Cass. soc., 03/07/2024, n° 23-13.784 ; CA Rouen, 12/03/2026, n° 25/02842).
Pour les arrêts délivrés depuis le 15 juin 2026, l’article R.4624-31 prévoit une exception si le salarié a bénéficié d’une visite de préreprise dans les 30 jours précédents et si le médecin du travail a conclu qu’aucun aménagement n’était nécessaire, sauf demande du médecin, de l’employeur ou du salarié.
- Anticipez le calendrier dès que la fin d’arrêt est connue
Dès que la date de fin d’arrêt est connue, vous devez saisir le service de prévention et de santé au travail : la visite doit avoir lieu le jour de la reprise effective ou au plus tard dans les 8 jours suivant la reprise (art. R.4624-31). L’objectif est d’éviter chacun attende l’autre sans preuve de démarches.
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Organisez la visite
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Saisissez le SPST et obtenez un créneau proche de la reprise ; conservez l’accusé de la demande et l’échange.
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Informez le salarié par écrit : date, heure, lieu, modalités pratiques.
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Indiquez clairement le cadre : le salarié est attendu pour reprendre et passer la visite dans les conditions prévues ; en cas d’initiative du salarié auprès du médecin du travail, il doit en aviser préalablement l’employeur pour que la visite produise ses effets (Cass. soc., 04/02/2009, n° 07-44.498 ; Cass. soc., 26/01/2011, n° 09-68.544).
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Mesurez les effets d’une visite non organisée ou tardive
Si le salarié remplit les conditions, demande la visite et se tient à disposition, l’initiative de saisine appartient normalement à l’employeur ; un refus ou une inertie peuvent être lourdement sanctionnés et s’analyser en rupture imputable à l’employeur (Cass. soc., 28/10/2009, n° 08-43.251 ; Cass. soc., 03/07/2024, n° 23-13.784). À l’inverse, si le salarié ne se tient pas à disposition ou n’avise pas l’employeur de ses démarches, documentez le (Cass. soc., 04/02/2009, n° 07-44.498).
- Gardez le bon réflexe avant toute présomption de démission
Tant que la visite obligatoire n’a pas été organisée, ne fondez pas une présomption de démission sur la seule non-reprise sur site. Si le salarié ne se présente ni à la reprise ni à la visite régulièrement organisée, constatez ces absences, recherchez un justificatif et analysez la suite au regard de l’état de suspension du contrat.
- Exemple de risque après accident du travail
Un salarié en arrêt long pour accident du travail arrive à la date de fin d’arrêt. Dès que l’employeur a connaissance de cette date, il doit saisir le service de prévention et de santé au travail pour organiser la visite de reprise, qui doit avoir lieu le jour de la reprise effective ou au plus tard dans les 8 jours qui suivent (art. R.4624-31 Code du travail). Cette visite est obligatoire après une absence d’au moins 30 jours pour accident du travail (art. R.4624-31).
Si l’employeur ne sollicite pas la visite, considère que le salarié devait revenir de lui‑même et enclenche une rupture sur la base de son absence (présomption de démission / abandon de poste), le salarié peut saisir le conseil de prud’hommes en soutenant que l’employeur est à l’origine du blocage de la reprise. Le risque côté employeur est alors une contestation sérieuse de la rupture et une requalification (rupture imputable à l’employeur), avec à la clé des rappels de salaire et dommages-intérêts, notamment si le salarié avait demandé l’organisation de la visite et se tenait à disposition (Cass. soc., 28/10/2009, n° 08-43.251).
Constater l’absence le jour de la reprise et apprécier un éventuel motif légitime
Le jour théorique de la reprise, vous devez à la fois constater l’absence, en conserver la preuve, et vérifier immédiatement si un élément objectif (notamment médical) explique l’absence et empêche d’engager utilement une présomption de démission.
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Contrôler la reprise prévue
Le matin de la reprise, vérifiez la présence sur le poste ou sur le planning, les pointages, les rapports du manager, et, s’il y en a une, l’éventuelle présence à la visite de reprise. Conservez des traces écrites : mail du supérieur qui signale l’absence, capture du planning, relevé de badge, compte rendu interne daté.
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Vérifier l’arrivée d’un nouvel arrêt ou d’un document médical
Avant toute analyse disciplinaire, contrôlez le courrier, la messagerie générale et l’adresse mail RH : un nouvel arrêt ou un justificatif arrive fréquemment à la jonction entre deux périodes. En cas de doute, contactez le salarié par mail ou téléphone pour savoir s’il a transmis un document, sans demander de détail sur le diagnostic.
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Garder en tête le contexte de reprise
Quand une visite de reprise est obligatoire, sécurisez son organisation dès que la date de fin d’arrêt est connue et évitez de qualifier trop vite la situation en abandon de poste. Tant que la reprise n’est pas médicalement cadrée dans ces situations, l’absence peut être plus difficile à traiter comme une absence fautive.
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Engager la présomption de démission seulement avec la bonne séquence
Si, après vérifications, l’absence persiste et qu’aucun justificatif n’a été reçu, adressez une mise en demeure écrite (LRAR) demandant au salarié de justifier son absence et de reprendre son poste, en laissant un délai d’au moins 15 jours à compter de la présentation de la lettre.
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Identifier un motif légitime qui fait obstacle à la présomption
Les motifs légitimes peuvent notamment être : raisons médicales, droit de retrait, grève, refus d’exécuter une instruction contraire à une réglementation, ou désaccord sur une modification du contrat à l’initiative de l’employeur. Si le salarié invoque un motif, il doit l’indiquer dans sa réponse à la mise en demeure (art. R.1237-13).
Pour l’analyse opérationnelle, gardez trois critères simples :
- Pièces fournies : arrêt, certificat, convocation médicale, éléments liés au droit de retrait/grève, écrit sur la modification du contrat, etc.
- Cohérence avec la situation : dates, enchaînement des faits, réactivité, éléments déjà connus côté entreprise.
- Lien avec la santé, la sécurité ou la conformité : impact sur l’aptitude, risque signalé sur le poste, instruction possiblement illégale, désaccord contractuel documenté.
Si le motif est médical, limitez-vous à des éléments objectivables (dates, document, prolongation, rendez-vous médical) et gardez une trace écrite de tous les échanges.
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Appliquer ces critères à un poste modifié
Supposez qu’après un arrêt, vous proposiez au salarié un poste avec horaires modifiés et nouvelles tâches. Si le salarié refuse de revenir et indique par écrit que le poste ne correspond plus à son contrat, sa contestation peut constituer un motif légitime lorsqu’elle vise une modification du contrat de travail à l’initiative de l’employeur (motif expressément visé par l’art. R.1237-13 du Code du travail, pris pour l’application de l’art. L.1237-1-1).
Ainsi, si le changement touche un élément contractuel (par exemple rémunération, qualification, durée contractuelle du travail, ou un lieu de travail contractuellement fixé), l’absence d’accord du salarié et sa contestation écrite pèsent fortement en faveur d’un motif légitime. À l’inverse, si l’ajustement relève des conditions de travail dans le cadre du contrat (organisation des horaires à durée inchangée, tâches restant dans le périmètre de la qualification, etc.), le refus a nettement moins de chances d’être considéré comme légitime.
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Tracer chaque vérification
Consignez vos contrôles et échanges : comptes rendus internes datés, mails au salarié, réponses reçues, justificatifs transmis, notifications de rendez-vous médicaux le cas échéant. Conservez ces pièces au dossier : elles serviront à démontrer que vous avez bien examiné l’existence d’un motif légitime avant d’engager, si nécessaire, une mise en demeure dans le cadre de la présomption de démission.
Mettre en demeure le salarié en respectant la procédure de présomption de démission
La mise en demeure doit poser un cadre clair, daté et opposable : sans ce courrier conforme, la présomption de démission ne peut pas s’appliquer. Procédez par étapes pour sécuriser la forme, le contenu et surtout le calcul du délai.
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Vérifier les conditions avant d’écrire
- Absence encore injustifiée à ce stade : aucun nouvel arrêt, aucun certificat reçu, aucune explication communiquée.
- Situation de reprise clarifiée : visite de reprise tenue, planifiée, ou non requise selon le cas.
- Aucun motif légitime identifié après vos vérifications et échanges (ex. raisons médicales, droit de retrait, grève, refus d’une instruction contraire à la réglementation, modification du contrat de travail à l’initiative de l’employeur… : art. R.1237-13).
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Choisir le mode de notification
Adressez la mise en demeure en recommandé avec avis de réception ou remettez-la en main propre contre décharge datée et signée. Évitez le simple mail ou courrier simple, difficile à prouver.
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Intégrer les mentions indispensables
- Identification : nom du salarié, poste, lieu de travail, type de contrat.
- Rappel factuel : date de fin d’arrêt (si applicable), date et heure de reprise attendues, date de début de l’absence non justifiée.
- Demande claire : justifier l’absence et reprendre le poste dans le délai indiqué (art. R.1237-13).
- Cadre : indication qu’en l’absence de reprise et/ou de justification dans le délai, l’absence pourra ouvrir la voie à la présomption de démission (art. L.1237-1-1).
- Délai : mention expresse d’un délai d’au moins 15 jours pour reprendre et/ou justifier (art. R.1237-13).
- Conséquences : précision qu’à l’issue de ce délai, faute de reprise ou de motif légitime, le salarié pourra être présumé démissionnaire. Cette information est exigée par le Conseil d’État. Le préavis applicable devra ensuite être vérifié pour fixer la date de fin du contrat.
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Fixer et calculer le délai
Le délai commence à courir à la date de présentation du recommandé (y compris en cas de non-retrait) ou à la date de remise en main propre. Indiquez une date butoir écrite clairement dans le courrier, cohérente avec un délai d’au moins 15 jours à compter de la présentation.
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Adopter un ton factuel et structuré
Restez neutre : pas de reproches ni d’appréciation personnelle. Présentez les faits de façon chronologique et terminez par une formule simple et datée du type :
Nous vous mettons en demeure de justifier votre absence et de reprendre votre poste au plus tard le [date], soit dans un délai de 15 jours minimum à compter de la présentation du présent courrier. À défaut, et en l’absence de motif légitime, vous serez présumé avoir démissionné à l’expiration de ce délai (art. L.1237-1-1 et R.1237-13).


