Vous devez réagir dès le premier jour d’absence injustifiée en vérifiant les faits, en les consignant par écrit et en tentant immédiatement de joindre le salarié, sans engager encore une sanction formelle. Le bon réflexe est de sécuriser la preuve de l’absence et d’organiser des contacts tracés. Cette checklist complète le guide pilier sur l’abandon de poste.
Confirmer que l’absence est bien injustifiée et prouvable dès le jour 1
- Vérifier que le salarié était effectivement attendu : contrat et lieu d’affectation, horaires opposables (planning écrit ou logiciel avec historique, consigne ou ordre de mission, planning modifié + preuve d’information du salarié), éventuel télétravail prévu.
- Rassembler les pièces : relevé de pointage ou badgeage, état de présence, capture du planning (et de ses modifications), mail ou SMS d’affectation ou de rappel d’horaire, mail d’alerte du manager, note interne datée.
- Faire constater l’absence : courte note factuelle du manager et/ou attestation d’un collègue présent, sans mise en scène (description neutre : heure, poste, site, constat d’absence).
- Tenter de joindre le salarié immédiatement (appel + SMS + mail) pour demander le motif, la date, l’heure de reprise et exiger une justification ; conserver la trace des relances (captures, journaux d’appels, mails envoyés).
- Rester prudent si une demande de congés est en attente, si un changement récent d’horaires a pu être mal compris, ou si un arrêt de travail peut arriver.
- Fin de matinée J1 : archiver au dossier au minimum 1 preuve qu’il devait être présent, 1 preuve qu’il ne l’était pas, et 1 preuve que vous lui avez demandé de s’expliquer (relance).
- Si aucune justification rapide : envoyer une demande écrite de justification. Ne basculer vers la mise en demeure propre à la présomption de démission qu’après avoir vérifié le caractère volontaire et persistant de l’absence.
Organiser et tracer les tentatives de contact dès les premières heures
L’objectif est de vérifier si un motif légitime existe, de lever un malentendu et de montrer votre bonne foi avant toute sanction.
- Dès le constat : archiver aussi une preuve opposable que le salarié était attendu (planning écrit, outil avec date et, si possible, historique, ordre de mission, affectation, horaire communiqué, éventuel télétravail prévu).
- Début de journée : le manager appelle le salarié sur son téléphone professionnel ou personnel et note l’heure et le résultat (réponse, messagerie, numéro erroné).
- En l’absence de réponse : envoi d’un SMS ou message écrit court et neutre, demandant de rappeler et de justifier l’absence (ex. : « Nous constatons votre absence ce jour, merci de nous contacter et de nous transmettre tout justificatif. »).
- Avant la mi-journée : envoi d’un mail ou message via l’outil interne, factuel, rappelant la date, l’horaire/affectation prévu(e) et la demande de contact rapide.
- Traçabilité : conserver captures d’écran de SMS, historique d’appels, copies d’emails, et rédiger une courte note interne si les appels restent sans réponse.
- Organisation : désigner un seul référent (manager ou RH) qui centralise les échanges et les preuves, pour éviter des messages divergents.
- Passage à un écrit plus formel : si aucune réponse n’est obtenue, envoyer d’abord une demande de justification. Si l’absence devient volontaire et persistante et que vous visez la présomption de démission, préparez une mise en demeure dans les formes prévues : LRAR ou remise en main propre contre décharge, justification de l’absence et reprise du poste, délai minimal de 15 jours à compter de la présentation (art. R.1237-13 du Code du travail).
Fin de journée – mini check-list :
- Preuve opposable attendue (horaire, affectation) archivée.
- Appels, SMS et mails effectués et datés.
- Copies et captures d’écran archivées dans le dossier du salarié.
- Brève synthèse écrite des tentatives et réponses (ou absence de réponse).
Envoyer la mise en demeure écrite dans un délai court et sécuriser sa preuve
- Décider du moment : une demande de justification peut partir dès le jour 1 ou 2. La mise en demeure visant la présomption de démission suppose que les vérifications réalisées permettent de caractériser un abandon volontaire du poste.
- Choisir le mode : lettre recommandée avec avis de réception comme support principal. Un mail ou SMS peut rappeler l’envoi, sans en faire la preuve principale.
- Rédiger une lettre structurée : faits datés, demande expresse de justifier l’absence et de reprendre le poste, délai d’au moins 15 jours à compter de la présentation (art. L.1237-1-1 et R.1237-13 du Code du travail) et information sur la présomption de démission en cas d’absence de reprise sans motif légitime, exigée par le Conseil d’État.
- Sécuriser la preuve : conserver copie signée, preuve d’envoi, suivi postal, AR ou mention de non‑réclamation ; classer l’ensemble au dossier du salarié.
- Limiter le risque d’inopposabilité : éviter de se contenter d’un simple courriel sans preuve de réception ou de remise, qui peut être écarté.
Traiter la paie du jour 1 et préparer la suite disciplinaire si l’absence se prolonge
Dès le premier jour, vous pouvez retenir la rémunération strictement proportionnelle à la plage non travaillée : il s’agit de l’absence de rémunération d’un travail non exécuté, sans amende ni pénalité, interdites (art. L.1331-1 et L.1331-2 du Code du travail). Le salaire reste dû s’il existe un doute sérieux sur le fait que le salarié a travaillé (ex. télétravail) ou s’est tenu à disposition : il faut pouvoir tracer et étayer l’absence de prestation.
Le guide sur la gestion de la paie en cas d’absence injustifiée détaille le calcul, les congés payés et les titres-restaurant.
- Consigner la journée : enregistrer l’absence dans les outils (pointage/planning/échanges), conserver les éléments utiles (appels, messages, mails), puis, sur le bulletin, utiliser un libellé factuel et neutre permettant une régularisation si un justificatif arrive (ex. « absence non rémunérée » / « absence en attente de justificatif », selon vos pratiques).
- Vérifier vos règles internes : contrôler le règlement intérieur, accords ou usages qui fixent un délai de justification et les étapes avant sanction ou retenue “définitive”.
- Si l’absence continue : après une première mise en demeure restée sans réponse, relancer par écrit de façon structurée, puis, si la situation perdure, engager une procédure disciplinaire (convocation à entretien) en visant des absences injustifiées.
- Apprécier la gravité : tenir compte de l’ancienneté, des antécédents, du poste, de l’impact sur l’équipe et de la durée de l’absence, sans qualifier trop vite d’abandon de poste.
- Garder une logique chronologique : J1 constat, traçabilité et paie, puis relances écrites ; à mesure que l’absence se répète malgré les démarches, appliquer une réponse graduée pouvant aller, si les éléments le justifient, jusqu’au licenciement pour faute grave.


