RGPD et données RH

Comment gérer le droit d’opposition et le droit à l’effacement pour un candidat ou un salarié

Procédure pas à pas pour traiter les demandes de droit d’opposition et de droit à l’effacement de candidats et de salariés : traçabilité, analyse des données, décision motivée, délais et information des destinataires.

Mis à jour le 7 min de lecture
Comment gérer le droit d’opposition et le droit à l’effacement pour un candidat ou un salarié
L'essentiel

Gérer le droit d’opposition et le droit à l’effacement pour un candidat ou un salarié suppose une procédure claire et tracée.

Dès réception de la demande, il faut l’enregistrer, dater la réception, vérifier l’identité du demandeur sans collecte excessive, puis identifier avec précision les données et les usages visés : dossier de candidature, vivier, échanges de recrutement, dossier salarié, paie, évaluations, accès aux outils ou communication interne.

Le délai de réponse est d’un mois à compter de la réception.

La réponse doit être écrite et individualisée : données effacées, traitements arrêtés, données conservées et motifs de cette conservation, ainsi que la possibilité de saisir l’autorité de contrôle en cas de désaccord.

Certaines données peuvent être effacées ou faire l’objet d’un arrêt de traitement, par exemple la conservation du CV dans un vivier ou la présence dans un annuaire facultatif.

D’autres ne peuvent pas l’être, notamment celles nécessaires au contrat, à la paie ou aux obligations légales, qui justifient un refus motivé ou une conservation en archivage probatoire avec accès limité.

Chiffres clés

  • Le délai légal de réponse à une demande d’opposition ou d’effacement est d’un mois à compter de sa réception.
  • Un candidat non retenu peut voir son CV conservé en vivier jusqu’à deux ans après le dernier contact, sauf opposition.
  • Certains éléments de recrutement nécessaires à la défense dans une action en discrimination peuvent être archivés cinq ans.
  • Les demandes doivent être tracées : réception, décision, actions réalisées et justification de la conservation éventuelle.
  • Les données nécessaires au contrat, à la paie ou aux obligations légales ne peuvent pas être effacées sur simple demande.

Vous gérez une demande d’opposition ou d’effacement d’un candidat ou d’un salarié en quatre réflexes : enregistrer la demande, cerner les données et traitements visés, décider ce qui peut cesser ou disparaître et ce qui doit rester, puis répondre et tracer. Le droit d’opposition vise surtout l’arrêt d’un traitement donné (par exemple un vivier candidats ou une campagne d’emailing), le droit à l’effacement vise la suppression de données, sauf obligation de conservation. Vous devez donc concilier ces droits avec vos devoirs légaux d’employeur, et objectiver chaque choix par écrit pour limiter le risque contentieux et CNIL.

Cet article complète le guide pilier sur la mise en conformité RGPD des données RH. Pour situer les données concernées, utilisez le registre des traitements et la grille des durées de conservation.

Comment traiter pas à pas une demande de droit d’opposition ou d’effacement d’un candidat ou d’un salarié ?

Gérez chaque demande comme un mini dossier : tracer, qualifier, décider, exécuter, répondre. Gardez en vue le délai légal d’un mois pour répondre, faute de quoi la personne peut saisir l’autorité de contrôle.

  1. Recevoir et dater la demande — jour J

Centralisez le mail, courrier ou formulaire, enregistrez la date de réception et le canal de réponse souhaité. Ouvrez un dossier de suivi limité aux personnes RH habilitées.

  1. Vérifier l’identité sans excès — immédiatement

Pour un salarié, les informations détenues dans le dossier RH suffisent généralement. Pour un candidat, utilisez l’adresse e-mail de candidature ou une information connue du dossier. Ne demandez un justificatif complémentaire qu’en cas de doute raisonnable sur l’identité.

  1. Qualifier la demande — sous quelques jours
  • Opposition : la personne demande l’arrêt d’un traitement déterminé, par exemple la conservation de son CV dans un vivier ou l’usage de sa photo dans un annuaire facultatif.
  • Effacement : elle demande la suppression de données.

Une même demande peut cumuler les deux : vous devez alors traiter chaque volet séparément.

  1. Identifier les données, finalités et destinataires concernés

Recensez les emplacements : ATS ou dossier de recrutement, vivier, SIRH, dossier salarié, paie, messagerie, annuaire, outils collaboratifs, archives et prestataires. Vérifiez pour chaque donnée si elle reste nécessaire à l’exécution du contrat, à une obligation légale ou à la défense de l’entreprise en cas de litige.

  1. Décider ce qui est supprimé, arrêté ou conservé
  • Supprimez les données sans utilité actuelle ni obligation de conservation.
  • Arrêtez le traitement auquel la personne s’oppose lorsqu’aucun motif prépondérant ne justifie sa poursuite.
  • Si certaines pièces doivent être conservées — paie, obligations sociales, preuve d’un éventuel contentieux — placez les en archivage intermédiaire, avec accès restreint, plutôt que les laisser dans les outils RH courants.
  1. Exécuter et faire suivre aux prestataires

Réalisez les suppressions, retraits du vivier, désinscriptions ou limitations d’accès. Informez les prestataires qui traitent les données pour le compte de l’entreprise afin qu’ils appliquent les mêmes mesures lorsque nécessaire. Conservez la preuve des actions : liste des données supprimées, date, outil concerné et confirmation du prestataire.

  1. Répondre par écrit dans le délai applicable

La règle générale de protection des données impose une réponse dans le mois suivant la réception. En cas de complexité ou de demandes nombreuses, ce délai peut être prolongé de deux mois, à condition d’en informer la personne et d’en expliquer le motif dans le premier mois. La réponse indique clairement :

  • les données effacées ou traitements arrêtés ;
  • les données conservées, leur motif et leur accès limité ;
  • les raisons d’un refus total ou partiel ;
  • la possibilité de saisir la CNIL et d’exercer un recours.
  1. Clôturer et conserver le dossier de demande

Archivez la demande, l’analyse, la réponse et les preuves d’exécution dans un espace restreint. Cette conservation sert uniquement à démontrer que la demande a été traitée correctement.

Comment distinguer ce qui relève du droit d’opposition et ce qui relève du droit à l’effacement pour les données RH ?

L’opposition vise l’usage d’une donnée ; l’effacement vise sa suppression. Ces droits ne conduisent toutefois pas toujours à supprimer immédiatement les données RH : leur exercice dépend de la finalité du traitement et de sa base juridique.

Base légaleFinalité RHDroit principalRéponse type
ContratPaie, gestion du contrat, avantages contractuelsEffacement, au cas par casRefus limité aux données nécessaires pendant l’exécution du contrat. Suppression lorsque la donnée n’est plus utile, sauf obligation de conservation ou besoin de preuve.
Obligation légaleConservation de la paie, registres, déclarations socialesEffacement, au cas par casRefus motivé pour les seules données dont la conservation est imposée. À l’issue de la durée nécessaire, suppression ou archivage avec accès restreint.
Intérêt légitimeVivier de candidats, sécurité des accès, contrôles internesOpposition, puis effacementÉtude de la demande et arrêt du traitement, sauf motif légitime impérieux ou nécessité de défendre les droits de la SA. L’effacement est ensuite examiné séparément.
ConsentementPhoto dans une communication interne, inscription volontaire à une communication RHRetrait du consentementArrêt de l’usage concerné. Les données sont effacées si aucune autre base légale ne justifie leur conservation.
Donnée inexacte ou incomplèteDiplôme, adresse, appréciation erronéeRectificationCorrection de la donnée ; l’effacement n’est pas adapté lorsqu’une rectification suffit.
Donnée conservée uniquement pour un contentieux potentielDossier de candidature non retenue, pièce utile à la défense de la SALimitation du traitementRetrait de la base active et archivage intermédiaire, avec accès limité aux personnes habilitées en cas de besoin probatoire.

Une grille de décision permet donc d’identifier rapidement le bon traitement : arrêt de l’usage et effacement pour un vivier de candidatures ou une communication facultative ; refus d’effacement limité aux données nécessaires au contrat ou imposées par la loi ; rectification lorsqu’une donnée est erronée ; limitation d’accès lorsque la conservation répond uniquement à un besoin de preuve.

Quelles données d’un salarié peuvent être effacées ou faire l’objet d’un arrêt de traitement, et lesquelles doivent rester conservées ?

Vous effacez ou arrêtez le traitement des données facultatives ou devenues inutiles. Les données nécessaires au contrat, à une obligation légale ou à la défense des droits de votre entreprise restent conservées pendant la durée justifiée, avec un accès limité lorsque leur usage courant n’est plus nécessaire.

Catégorie de donnéesBase / usageDécision
Dossier administratif, paie, temps de travail, absences, déclarations socialesContrat, obligation légaleConservation pendant la relation de travail puis pendant les durées légales ou probatoires applicables. Refus d’effacement limité aux données encore nécessaires ; rectification possible à tout moment.
Formation obligatoire, santé et sécuritéObligation légale, prévention des risques, défense en cas de litigeConservation des justificatifs nécessaires. Lorsque la donnée n’est plus utile à la gestion active, archivage intermédiaire avec accès restreint ou effacement à l’issue de la durée justifiée.
Discipline et sanctionsGestion de la relation de travail, défense des droitsConservation tant que les faits, la procédure ou un contentieux potentiel le justifient. Retrait du dossier actif et accès limité lorsque la pièce n’est plus utile à la gestion courante.
Évaluations, entretiens professionnels, objectifsExécution du contrat, intérêt légitimeConservation pendant la durée nécessaire au suivi professionnel. Rectification des éléments inexacts, ajout des observations du salarié et effacement ou archivage lorsque la conservation active n’est plus justifiée.
Annuaire enrichi, photo sur l’intranet ou le site, newsletters internes, enquêtes volontairesConsentement ou intérêt légitimeArrêt de l’usage contesté ou retrait du consentement. Effacement des données concernées si aucune autre finalité légitime ne justifie leur conservation.
Données d’accès non biométriquesSécurité des locaux et des systèmesConservation des identifiants pendant l’habilitation. Les journaux d’accès sont conservés 3 mois après leur enregistrement ; les données d’identification sont supprimées dans les 6 mois suivant le retrait des habilitations ou la cessation des fonctions.
Données biométriquesContrôle d’accès biométriqueLes données brutes nécessaires à la création d’un gabarit ne sont conservées que le temps de ce calcul. Les gabarits sont supprimés à la fin de l’habilitation ; les journaux d’accès sont conservés 6 mois glissants.
Données conservées uniquement pour un contentieux potentielPreuve, défense des droits de l’entrepriseRetrait de la base active, archivage intermédiaire et accès réservé aux personnes ayant besoin d’y accéder pour la gestion du litige.

Consignez dans le registre des traitements les catégories concernées, leur finalité, leur durée de conservation, les règles d’archivage et les personnes autorisées à y accéder.

Vanessa Rajaofetra
Fondatrice d'Aoria RH
Vanessa Rajaofetra

Fondatrice et directrice de la publication d'Aoria RH, assistant juridique RH spécialisé en droit social français.

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