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Maladie pendant les congés payés : que doit faire l’employeur

Maladie pendant les congés payés : décryptez l’arrêt du 10/09/2025 et sécurisez vos pratiques RH, paie et SIRH. Découvrez les nouvelles règles de report.

Mis à jour le 9 min de lecture
Maladie pendant les congés payés : que doit faire l’employeur
L'essentiel

Maladie pendant les congés payés : depuis l’arrêt de la Cour de cassation du 10 septembre 2025 (n° 23-22.732), un salarié qui tombe malade pendant ses congés payés a droit à reprendre ultérieurement les jours de congé qui coïncident avec la période d’arrêt.

Concrètement, l’employeur ne peut plus imputer des congés payés sur des jours couverts par un arrêt maladie dûment prescrit et notifié.

Il doit recréditer le compteur de congés à hauteur des jours concernés, puis permettre leur report à une date ultérieure.

Ce revirement met fin à la jurisprudence de 1996, qui considérait l’obligation de l’employeur remplie même si la maladie “consommait” les congés.

Pour sécuriser la pratique, il est nécessaire d’exiger la notification de l’arrêt, de tracer le recalcul des droits et d’éviter toute tentative de forcer la consommation des congés pendant la maladie.

Il faut aussi articuler ces reports avec le mécanisme légal de report de 15 mois en cas d’impossibilité de prendre les congés, et surveiller la prescription triennale en cas d’indus d’indemnités de congés payés.

Chiffres clés

  • 10 septembre 2025 : la Cour de cassation consacre le droit au report des congés en cas de maladie.
  • 1996 : l’ancienne jurisprudence refusait au salarié le droit de reprendre des congés “perdus”.
  • 15 mois de report légal prévus en cas d’impossibilité de prendre les congés pour maladie ou accident.
  • 3 ans de délai de prescription pour une action relative à une indemnité de congés payés indûment versée.
  • Notification obligatoire de l’arrêt de travail à l’employeur pour ouvrir le droit au report des jours.

Depuis l’arrêt du 10 septembre 2025 (Cass. soc., 10/09/2025, n° 23-22.732), lorsqu’un salarié est placé en arrêt maladie survenu pendant ses congés payés, les jours de congés qui coïncident avec l’arrêt ne peuvent plus être imputés sur son compteur. Votre obligation d’employeur est de ne pas les déduire, les recréditer et permettre leur prise ultérieure (sous réserve d’un arrêt dûment prescrit et notifié).

Ce revirement met fin à la position de 1996 (Soc., 04/12/1996, n° 93-44.907) qui considérait ces jours comme “perdus”. Pour vos équipes RH et paie, cela implique d’actualiser les règles de décompte, d’ajuster les paramétrages SIRH et d’être vigilant sur les règles de report et la prescription triennale en cas d’indu d’indemnités de congés payés (art. L.3245-1 Code du travail ; Cass. soc., 10/09/2025, n° 23-22.732).

Ce que change l’arrêt du 10 septembre 2025 pour les congés payés

Depuis le 10 septembre 2025, un arrêt maladie survenu pendant des congés payés n’use plus les jours de congé correspondants : les jours qui coïncident avec l’arrêt doivent être remis à disposition du salarié et pris ultérieurement (Cass. soc., 10/09/2025, n° 23-22.732).

Avant ce revirement, la Cour de cassation considérait que l’employeur avait rempli son obligation dès lors qu’il avait accordé les congés, même si une maladie venait les recouvrir pendant la période (Soc., 04/12/1996, n° 93-44.907). Le salarié ne pouvait pas exiger de reprendre ces jours : les congés restaient imputés, sans report.

L’arrêt du 10 septembre 2025 change ce schéma : la chambre sociale affirme que le salarié a droit à bénéficier ultérieurement des jours de congé qui coïncident avec une période d’arrêt maladie, dès lors que l’arrêt est dûment prescrit et porté à la connaissance de l’employeur. Ces jours ne sont plus considérés comme pris.

Conséquence directe pour votre gestion :

  • ne plus imputer en congés payés les jours couverts par un arrêt de travail superposé aux congés ;
  • recréditer le compteur de congés payés à hauteur des jours concernés ;
  • repositionner ces jours à une date ultérieure.

Ce droit au report s’applique même si les congés avaient été posés et validés avant la maladie. Votre vigilance doit donc se concentrer sur deux points : la réception effective de l’avis d’arrêt (sans notification, pas de report) et la traçabilité du recalcul des droits, afin de sécuriser vos dossiers en cas de contrôle ou de contestation. Pour organiser cette conservation des preuves, appuyez-vous sur notre guide sur la conservation des documents RH.

Quels droits pour le salarié malade pendant ses congés payés depuis 2025

Depuis l’arrêt de la Cour de cassation du 10 septembre 2025 (n° 23-22.732), un salarié qui tombe malade pendant ses congés payés a droit à reprendre plus tard les jours qui coïncident avec son arrêt, à condition d’avoir notifié cet arrêt à l’employeur.

  • Droit au report des jours chevauchants : si un arrêt maladie survenu pendant des congés payés couvre certains jours, ces jours ne sont pas réputés pris. Traitez les en maladie, recréditez le compteur de congés payés et permettez leur prise ultérieure.
  • Arrêt porté à la connaissance de l’employeur : côté gestion, le report suppose un arrêt dûment prescrit et porté à la connaissance de l’employeur, avec une traçabilité.
  • Cadre du report : le report s’inscrit dans la période de report de 15 mois prévue par le Code du travail (art. L.3141-19-1 et L.3141-19-2), et l’extinction des droits suppose que l’employeur ait effectivement mis le salarié en mesure de les prendre (Cass. soc., 13/11/2025, n° 24-14.084 ; Cass. soc., 17/06/2026, n° 25-14.642).
  • Point pratique : maintenir des congés payés sur des jours couverts par un arrêt expose à des demandes de recrédit, des régularisations d’indemnités et des litiges au solde de tout compte ; la pratique la plus sûre est de coder maladie, recréditer, et documenter le recalcul.

Comment recalculer les compteurs et traiter la paie en cas de maladie pendant les congés

Dès qu’un arrêt de travail pour maladie couvre des jours initialement posés en congés payés, ces jours ne doivent plus être considérés comme des congés consommés : ils doivent être remis à disposition du salarié et pris ultérieurement. Votre réflexe est donc d’annuler l’imputation, de recréditer les droits et d’ajuster la paie de façon traçable, sans figer la solution sur une seule question de délai de transmission.

  1. Identifier la période concernée

    Vérifiez les dates exactes de l’arrêt et celles des congés validés. Isolez uniquement les jours où arrêt maladie et congés payés se superposent : ce sont ces jours, et seulement ceux-là, qui devront être recrédités. Conservez la preuve de l’arrêt et sa date de communication à l’employeur pour sécuriser la gestion des absences.

  2. Annuler l’imputation des congés payés

    Corrigez le planning et le logiciel de paie en remplaçant le code « congés payés » par le code « maladie » pour les jours concernés. Conservez un export ou une capture de l’état initial puis de l’état corrigé (avant/après), avec une note interne datée, afin de pouvoir justifier la régularisation en cas de contrôle ou de contestation.

  3. Recréditer le compteur de congés

    Augmentez le solde de congés payés du salarié du nombre de jours qui coïncident avec l’arrêt. Formalisez ce recrédit (relevé de droits, mention sur bulletin ou courrier court) pour figer un état opposable du compteur. Après la reprise, pensez à communiquer au salarié, dans le mois, le nombre de jours disponibles et la date limite de prise (art. L.3141-19-3 du Code du travail).

  4. Reprogrammer les congés

    Invitez le salarié à proposer de nouvelles dates pour les jours recrédités, dans le respect des contraintes de service et des règles habituelles de validation. Si les jours ne peuvent pas être pris rapidement, appliquez le régime de report légal et sa fenêtre de prise (art. L.3141-19-1 et L.3141-19-2 du Code du travail), en veillant à ce que la date limite soit clairement portée à la connaissance du salarié.

  5. Ajuster le traitement de la paie

    Pour les jours requalifiés, remplacez l’indemnité de congés payés par le traitement de la maladie (maintien de salaire s’il s’applique, IJSS le cas échéant). Si des congés ont déjà été payés à tort, calculez l’éventuel indu et tracez la régularisation. En cas de récupération d’un indu lié à une indemnité de congés payés, la prescription applicable est triennale (art. L.3245-1 du Code du travail) et le point de départ se rattache au paiement, lorsque l’employeur était en mesure de déceler l’indu (Cass. soc., 10/09/2025, n° 23-22.732).

Report de 15 mois et prescription : quels délais surveiller côté employeur

Dès qu’un arrêt maladie chevauche des congés payés et que des jours sont recrédités, vous devez aussitôt piloter deux chronos : la fenêtre de report de 15 mois prévue par le Code du travail, et les délais de prescription applicables aux régularisations de paie (trop-versés / rappels).

Les articles L.3141-19-1 et L.3141-19-2 organisent un report limité dans le temps des congés non pris pour cause de maladie ou d’accident. En pratique, lorsque des jours initialement imputés en congés sont rendus parce qu’ils coïncidaient avec un arrêt, ces jours redeviennent des congés non effectivement pris du fait de la maladie et doivent être suivis dans ce cadre (Cass. soc., 10/09/2025, n° 23-22.732).

Concrètement, côté RH/paie :

  • vous identifiez précisément les jours recrédités (uniquement ceux qui se superposent à l’arrêt) et vous conservez la trace des dates et justificatifs ;
  • vous rattachez ces jours à leur période d’acquisition d’origine, puis vous fixez une date limite de prise au titre du report de 15 mois, en évitant de la calculer “au réflexe” : le point de départ dépend des circonstances de reprise et des informations effectivement remises au salarié ;
  • vous paramétrez le SIRH pour faire apparaître cette échéance distincte et éviter toute perte de droits faute de suivi.

Sur la prescription, faîtes attention à ne pas appliquer automatiquement le délai “exécution du contrat” de 2 ans de l’art. L.1471-1 : ce texte écarte notamment les actions en paiement ou répétition du salaire, dont relèvent en général les enjeux de rappel/indu d’indemnités de congés payés. Raisonnez donc sur le régime de prescription propre aux sommes de nature salariale, et surtout sur son point de départ (souvent lié à la date de paiement et à la possibilité de détecter l’erreur).

En pratique, cela impose :

  • de tracer chaque régularisation (jours et montants) pour dater précisément les paiements et les écarts ;
  • de corriger dès qu’une anomalie est identifiée, car un indu non traité “vieillit” vite en contentieux ;
  • d’intégrer ces contrôles dans vos revues annuelles paie/absences pour sécuriser les écritures et limiter les contestations.

Adapter procédures internes et SIRH après l’arrêt du 10 septembre 2025

Dès maintenant, vos procédures RH et vos outils doivent intégrer un point simple : les jours de congés payés qui coïncident avec un arrêt maladie porté à la connaissance de l’employeur ne doivent pas être consommés et doivent pouvoir être repris ultérieurement.

Commencez par vos règles écrites :

  • Mettre à jour en priorité la note congés/absences et les procédures RH pour rappeler : arrêt maladie communiqué à l’entreprise = congés non décomptés, jours à reprendre.
  • Formaliser un canal et un délai de transmission des arrêts (ex. envoi RH), en précisant que l’enjeu est la date de réception/prise de connaissance par l’employeur (“arrêt notifié” au sens pratique : arrêté communiqué et traçable), avec une régularisation dès réception.
  • Si vous touchez au règlement intérieur, le faire uniquement pour les aspects “cadre” (ex. modalités de transmission) et en respectant la procédure : avis du CSE s’il existe, publicité, puis communication à l’inspection du travail ; l’entrée en vigueur doit être postérieure d’un mois aux formalités de publicité (art. L.1321-4). Toute note de service imposant des obligations générales et permanentes est traitée comme une adjonction et suit le même régime (art. L.1321-5).
  • Préciser l’articulation avec la fenêtre de report de 15 mois prévue par le Code du travail : les jours rendus redeviennent des congés non pris à piloter avec une échéance dédiée, dont le point de départ doit être défini et tracé dans le process (information et reprise).

Côté managers et salariés, sécurisez les pratiques terrain :

  • Diffuser une consigne claire : si un salarié tombe malade pendant ses congés, il prévient l’entreprise et transmet l’arrêt ; les jours concernés ne restent pas en “CP”.
  • Proscrire les réponses du type “vos congés restent posés malgré l’arrêt”, qui exposent à des réclamations.
  • Organiser un rappel lors des campagnes de pose des congés et des points managers.

Adaptez ensuite les paramétrages SIRH et les contrôles paie :

  • Créer un flux standardisé : réception de l’arrêt (avec preuve), recodage des jours “congés payés” en “maladie”, puis recrédit du compteur.
  • Mettre une alerte quand un arrêt chevauche des congés validés pour éviter tout maintien en “CP”.
  • Tracer systématiquement le recalcul (avant/après) pour justifier les soldes en cas de départ ou de contestation, et cadrer le traitement des régularisations (trop-versés / rappels) dans les délais de prescription applicables.

Pour gagner du temps et fiabiliser ces mises à jour, un outil spécialisé dans le droit social peut vous servir de base structurée.

Questions fréquentes

  • Que se passe-t-il si je tombe malade pendant mes congés payés depuis septembre 2025 ?

    Depuis l’arrêt du 10 septembre 2025, si vous tombez malade pendant vos congés payés, les jours couverts par l’arrêt de travail ne consomment plus vos congés. Vous devez transmettre rapidement votre arrêt à l’employeur. Celui-ci doit cesser le décompte des jours de congés, recréditer les jours qui se chevauchent avec la maladie et vous permettre de les prendre dans la période de report de 15 mois.

  • Est-ce que je peux récupérer mes jours de congés payés quand je suis en arrêt maladie pendant mes vacances ?

    Oui : si un arrêt maladie survient pendant tes congés et est communiqué à l’employeur, les jours de congés qui coïncident avec l’arrêt ne doivent pas être décomptés et tu peux les reprendre plus tard (Cass. soc., 10/09/2025, n° 23-22.732). Le report se fait selon les règles de report applicables, notamment la fenêtre de 15 mois prévue par le Code du travail (art. L.3141-19-1 et L.3141-19-2).

  • Comment l’employeur doit-il gérer les compteurs de congés payés en cas de maladie pendant les congés ?

    Si un salarié transmet un arrêt maladie couvrant tout ou partie de ses congés, les jours de CP qui coïncident avec l’arrêt ne doivent pas être décomptés (ils sont “recrédités” au compteur) et seront à reposer ultérieurement (Cass. soc., 10/09/2025, n° 23-22.732). Après la reprise, l’employeur doit informer sous 1 mois du solde et de la date limite de prise, ce qui déclenche la fenêtre de report de 15 mois (art. L.3141-19-3 et L.3141-19-1 Code du travail).

  • Comment fonctionne le report de 15 mois des congés payés en cas de maladie ou d’accident ?

    Le salarié qui n’a pas pu prendre ses congés pendant la période de prise à cause d’une maladie/accident bénéficie d’un report de 15 mois, qui débute après la reprise à la date de réception (date certaine) des infos employeur sur le solde et la date limite (art. L.3141-19-1 et L.3141-19-3 Code du travail). Exception si le contrat est suspendu depuis au moins 1 an à la fin de la période de référence et que les congés ont été acquis pendant certaines suspensions : le report démarre à la fin de la période de référence et, à la reprise, il est suspendu jusqu’à l’information employeur (art. L.3141-19-2 et L.3141-19-3).

  • Est-ce que l’employeur peut refuser de reporter des congés payés tombés pendant un arrêt maladie ?

    Non : si le salarié est dans l’impossibilité de prendre ses congés parce qu’il est en arrêt maladie sur tout ou partie de la période, les jours concernés doivent être reportés (art. L.3141-19-1 Code du travail ; Cass. soc., 24/02/2009, n° 07-44.488). L’employeur ne peut s’y opposer que si les conditions ne sont pas remplies (arrêt non justifié/non transmis, ou jours qui ne coïncident pas avec l’arrêt) ; sinon, le report s’applique dans la fenêtre de 15 mois (art. L.3141-19-1 et L.3141-19-3).

  • Quels sont les risques pour l’employeur s’il maintient des congés payés sur une période d’arrêt maladie ?

    Risque principal : condamnation à reconstituer le compteur (jours non imputables) et à payer les jours correspondants (indemnité compensatrice en cas de rupture / rappel) + dommages-intérêts pour privation du droit à congé, puisque les CP coïncidant avec un arrêt maladie doivent être reportés (Cass. soc., 10/09/2025, n° 23-22.732 ; art. L.3141-19-1 et L.3141-19-3 Code du travail). Risque additionnel : le salarié peut agir rapidement en référé (obligation peu contestable / trouble manifestement illicite : art. R.1455-6 et R.1455-7 Code du travail) et, selon les faits, invoquer une discrimination liée à l’état de santé (art. L.1132-1 Code du travail ; Cass. soc., 26/11/2025, n° 24-15.681).

Vanessa Rajaofetra
Fondatrice d'Aoria RH
Vanessa Rajaofetra

Fondatrice et directrice de la publication d'Aoria RH, assistant juridique RH spécialisé en droit social français.

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