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Partage de la valeur : obligations de l’employeur par seuil

Comprenez, seuil par seuil (moins de 11, 11–49, 50+ salariés), ce que votre entreprise doit mettre en place en partage de la valeur et à quelles dates. Découvrez le récap.

Mis à jour le 9 min de lecture
Partage de la valeur : obligations de l’employeur par seuil
L'essentiel

Le partage de la valeur désigne l’ensemble des dispositifs qui permettent d’associer les salariés aux résultats ou à la performance de l’entreprise (participation, intéressement, prime de partage de la valeur, épargne salariale…).

Le point clé pour l’employeur est de distinguer ce qui est obligatoire et ce qui reste facultatif selon l’effectif.

En dessous de 11 salariés, aucune obligation spécifique de partage de la valeur n’apparaît dans les textes cités : l’employeur peut instaurer des dispositifs comme la prime de partage de la valeur, mais par choix.

À partir de 50 salariés, la participation aux résultats devient en revanche obligatoire, en application du Code du travail, dès le premier exercice ouvert après 5 années civiles consécutives d’atteinte du seuil.

Entre 11 et 49 salariés, une obligation expérimentale nouvelle s’applique pour les exercices ouverts après le 31 décembre 2024 : si l’entreprise réalise 3 exercices consécutifs avec un bénéfice net fiscal au moins égal à 1 % du chiffre d’affaires, elle devra mettre en place au moins un dispositif (participation ou intéressement, abondement d’un plan d’épargne salariale, ou prime de partage de la valeur).

Chiffres clés

  • 50 salariés : seuil légal de participation obligatoire aux résultats, selon le Code du travail.
  • 3 exercices consécutifs : bénéfice net fiscal ≥ 1 % du CA déclenche l’obligation 11–49.
  • 31 décembre 2024 : date charnière pour l’application de l’expérimentation 11–49 salariés.
  • 11 salariés : seuil d’effectif apprécié selon l’article L.130-1 du Code de la sécurité sociale.
  • 2024–2026 : période d’exonérations renforcées pour la prime de partage de la valeur < 50 salariés.

Selon la taille de votre entreprise, vos obligations de partage de la valeur ne sont pas les mêmes. En dessous de 11 salariés, aucun texte ne vous impose aujourd’hui un dispositif spécifique : tout reste facultatif. Entre 11 et 49 salariés, une obligation nouvelle et expérimentale sur 5 ans peut s’appliquer pour les exercices ouverts après le 31 décembre 2024 si votre bénéfice net fiscal atteint au moins 1 % du chiffre d’affaires pendant 3 exercices consécutifs, en application de la loi n° 2023-1107** **du 29 novembre 2023. À partir de 50 salariés, la participation aux résultats devient obligatoire, conformément à l’article L.3322-2 du Code du travail.

Que recouvre le partage de la valeur pour l’employeur

Pour votre entreprise, le partage de la valeur regroupe les mécanismes qui associent vos salariés à vos résultats ou à votre performance, en plus du salaire. L’enjeu est de distinguer ce que la loi impose et ce que vous pouvez décider de mettre en place librement.

Les principaux dispositifs à connaître sont les suivants :

  • Participation aux résultats : c’est un système légal de redistribution d’une partie du bénéfice à vos salariés. Selon l’effectif et les règles de franchissement de seuil, ce dispositif peut devenir obligatoire (notamment art. L.3322-2 du Code du travail).
  • Intéressement : il s’agit d’un accord qui lie une prime à des critères de performance (résultats, productivité, qualité, etc.). Il reste facultatif, mais s’inscrit dans un cadre légal précis (conditions de conclusion, formule de calcul, plafonds, etc.).
  • Épargne salariale (PEE, PER d’entreprise, etc.) : ce sont surtout des plans permettant à vos salariés d’affecter et de placer des sommes issues de dispositifs de partage (participation, intéressement, primes), avec des règles propres d’affectation, de blocage/déblocage et, le cas échéant, un abondement de votre part.
  • Prime de partage de la valeur (PPV) : créée par la loi n° 2022-1158 du 16 août 2022, elle est facultative quel que soit l’effectif. Vous pouvez la mettre en place par accord ou par décision unilatérale, après consultation du comité social et économique s’il existe. La PPV ne peut pas se substituer à un élément de rémunération existant, ni à une augmentation, ni à une prime prévue par accord, contrat ou usage. Le versement peut être réalisé en une ou plusieurs fois, dans la limite d’une fois par trimestre.
  • Plan de partage de la valorisation de l’entreprise : instauré par la loi n° 2023-1107 du 29 novembre 2023, il peut être mis en place pour une durée de trois ans et ouvre droit, si la valeur de l’entreprise augmente sur la période, à une prime calculée selon les modalités prévues par un accord. Tous les salariés ayant au moins un an d’ancienneté peuvent en bénéficier (sous réserve des règles prévues par le texte).

Dans tous les cas, la différence centrale est la suivante : certains dispositifs restent un choix (intéressement, PPV, plan de partage de la valorisation, et l’organisation via l’épargne salariale), alors que d’autres deviennent une obligation à partir de certains seuils d’effectif (notamment la participation).

Moins de 11 salariés : aucune obligation spécifique, que du facultatif

Avec un effectif inférieur à 11 salariés, vous n’avez aucune obligation légale spécifique de mettre en place un dispositif de partage de la valeur. Vous pouvez en revanche choisir plusieurs solutions pour associer vos salariés aux résultats ou à la performance.

Les principaux dispositifs restent accessibles, mais uniquement si vous décidez de les instaurer :

  • Prime de partage de la valeur (PPV) : dispositif facultatif, défini par la loi n° 2022-1158 du 16 août 2022. Vous pouvez la mettre en place :

  • par accord ; ou

  • par décision unilatérale, après consultation du CSE s’il existe. Elle ne peut jamais remplacer un salaire, une augmentation ou une prime déjà prévue (règle anti-substitution). Le versement est possible en une ou plusieurs fois, dans la limite d’un versement par trimestre. Deux PPV peuvent être attribuées au titre d’une même année civile (loi n° 2023-1107 du 29 novembre 2023).

  • Intéressement ou participation volontaire : vous pouvez conclure un accord pour verser une prime liée aux résultats ou à des objectifs, même si la participation n’est pas obligatoire à ce niveau d’effectif (le régime obligatoire relève du seuil de 50 salariés, art. L.3322-2 du Code du travail).

  • Plans d’épargne salariale : vous pouvez ouvrir un plan d’épargne et éventuellement l’abonder pour permettre à vos salariés d’épargner les sommes perçues.

Entre 2024 et 2026, la PPV peut, pour les entreprises de moins de 50 salariés, bénéficier d’exonérations renforcées pour certains salariés, sous conditions et plafonds (loi n° 2023-1107, art. 9 modifiant la loi n° 2022-1158). Ce cadre reste un avantage possible, pas une obligation.

Entre 11 et 49 salariés : une nouvelle obligation expérimentale sous conditions

Pour une entreprise de 11 à 49 salariés, l’obligation de partage de la valeur ne naît que si une condition financière est remplie, et elle s’applique aux exercices ouverts après le 31 décembre 2024, dans le cadre d’une expérimentation de 5 ans. Vous devez alors mettre en place au moins un dispositif parmi une liste fermée.

Point à vérifierCe que cela implique pour votre entrepriseRéférences utiles
Effectif entre 11 et 49 salariésVotre entreprise entre dans le champ de l’expérimentation si :- votre effectif est au moins égal à 11 et inférieur à 50 (apprécié au niveau de l’entreprise).loi n° 2023-1107, art. 5 I
Condition financière de déclenchementL’obligation naît si :

- bénéfice net fiscal ≥ 1 % du chiffre d’affaires ; - pendant 3 exercices consécutifs ; - et vous n’êtes pas déjà soumis à la participation obligatoire.

Si ces 3 exercices sont constatés, l’obligation s’applique pour l’exercice suivant, dès lors que cet exercice est ouvert après le 31/12/2024 (les 3 exercices précédents sont pris en compte).
loi n° 2023-1107, art. 5 I et 5 IV
Nature de l’obligationVous devez mettre en place au moins un dispositif parmi :

- un régime de participation ou un régime d’intéressement ; - un abondement sur un plan d’épargne salariale ; - une prime de partage de la valeur (PPV).

Si l’un de ces dispositifs est effectivement mis en œuvre au titre de l’exercice, l’obligation est réputée satisfaite.
loi n° 2023-1107, art. 5 I et 5 II ; loi n° 2022-1158, art. 1
Structures de l’ESS (cas particulier)Pour certaines personnes morales de l’ESS d’au moins 11 salariés :

- l’obligation peut naître même sans bénéfice net fiscal ; - si un résultat excédentaire ≥ 1 % des recettes est constaté pendant 3 exercices consécutifs ; - uniquement si un accord de branche étendu le permet.
loi n° 2023-1107, art. 6 I et 6 IV

À partir de 50 salariés : participation obligatoire et obligations de négocier

À partir de 50 salariés, vous entrez dans un régime où un dispositif de partage de la valeur est imposé par la loi : la participation aux résultats. Vous pouvez aussi être tenu de négocier des modalités de partage en cas d’augmentation exceptionnelle du bénéfice, lorsque les conditions légales sont réunies.

L’art. L.3322-2 du Code du travail rend la participation obligatoire dans les entreprises employant au moins cinquante salariés (apprécié au niveau de l’entreprise ou de l’UES, art. L.3321-1). Selon l’art. L.3322-1, cette obligation ne démarre pas dès un franchissement ponctuel du seuil : elle s’applique à compter du premier exercice ouvert après une période de cinq années civiles consécutives au cours desquelles l’effectif a atteint ou dépassé 50 salariés, appréciée selon le mécanisme de franchissement prévu au II de l’art. L.130-1 du Code de la sécurité sociale.

Concrètement, si votre effectif moyen annuel, calculé selon l’art. L.130-1 du CSS, est d’au moins 50 salariés pendant cinq années civiles de suite, vous devez mettre en place un accord de participation pour l’exercice qui s’ouvre ensuite. En l’absence d’accord, un régime légal peut s’appliquer selon les dispositions du Code du travail relatives à la participation.

Une fois soumis à la participation, vous pouvez aussi être concerné par l’obligation de négocier le partage en cas d’augmentation exceptionnelle du bénéfice. L’art. L.3346-1 du Code du travail prévoit que, dans les entreprises tenues à la participation et disposant de délégués syndicaux, toute négociation sur l’intéressement ou la participation doit aussi porter sur la définition d’une augmentation exceptionnelle du bénéfice net fiscal et sur les modalités de partage associées, sauf si un accord en vigueur prévoit déjà une formule plus favorable pour les salariés. Cette négociation vient compléter, et non remplacer, vos obligations de participation.

Comment vérifier votre seuil et planifier les mises en place

Pour sécuriser vos décisions, vous devez d’abord déterminer à quel seuil d’effectif vous appartenez, puis caler vos actions sur les dates de franchissement et les exercices concernés.

  1. Calculer l’effectif “juridique” à retenir Référez-vous à l’art.L.130-1 du Code de la sécurité sociale : l’effectif salarié annuel correspond à la moyenne des effectifs de chaque mois de l’année civile précédente. Les catégories de personnes incluses et les modalités de décompte sont fixées par décret. Vérifiez aussi si l’effectif doit s’apprécier au niveau de l’entreprise ou de l’UES, car certains dispositifs (dont la participation) se raisonnent à ce niveau (art. L.3321-1 du Code du travail).

  2. Identifier la date de franchissement du seuil Pour la participation obligatoire (à partir de 50 salariés), l’art. L.3321-1 renvoie au mode de décompte et de franchissement du seuil prévu par l’art. L.130-1 du CSS. Le franchissement “à la hausse” d’un seuil est pris en compte lorsque ce seuil a été atteint ou dépassé pendant cinq années civiles consécutives. Conservez donc un historique de vos effectifs annuels sur au moins 5 ans afin de dater précisément le franchissement et d’identifier l’exercice à partir duquel l’obligation s’applique.

  3. Cartographier obligations et options par seuil

    • Moins de 11 salariés : aucun dispositif imposé par les textes cités ; uniquement des dispositifs facultatifs (prime de partage de la valeur, intéressement, épargne salariale…).
    • Entre 11 et 49 salariés : à partir des exercices ouverts après le 31 décembre 2024, suivez vos indicateurs (bénéfice net fiscal et chiffre d’affaires) afin de déterminer si vous entrez dans le champ de l’obligation de mettre en place au moins un dispositif de partage de la valeur (selon les conditions prévues par la loi applicable).
    • À partir de 50 salariés : la participation devient obligatoire selon le calendrier de franchissement ci-dessus ; vous devez mettre en place un accord de participation conformément à l’art. L.3322-2 du Code du travail (avec une appréciation de l’effectif au niveau entreprise/UES selon l’art. L.3321-1).

    Pour aller plus loin, vous pouvez vous faire accompagner par un outil spécialisé pour vérifier, étape par étape, les obligations et dispositifs applicables à votre situation et à partir de quelle date.

Questions fréquentes

  • Quelles sont les obligations de partage de la valeur pour une entreprise de moins de 11 salariés ?

    Pour une entreprise de moins de 11 salariés, aucune obligation légale de mise en place d’un dispositif de partage de la valeur ne ressort des textes fournis : l’obligation expérimentale vise les entreprises d’au moins 11 salariés (loi n° 2023-1107, art. 5 et art. 6). En revanche, l’entreprise peut le faire à titre facultatif, notamment via la prime de partage de la valeur (PPV) mise en place par accord ou décision unilatérale (loi n° 2022-1158, art. 1, IV).

  • Quelles obligations de partage de la valeur s’appliquent entre 11 et 49 salariés ?

    Entre 11 et 49 salariés, il n’y a pas d’obligation générale de mettre en place un dispositif de partage de la valeur : c’est facultatif, sauf si l’entreprise entre dans le champ d’une obligation expérimentale applicable aux exercices ouverts après le 31 décembre 2024. Si l’obligation expérimentale s’applique, l’entreprise doit, au titre de l’exercice suivant, mettre en place au moins un dispositif parmi : participation ou intéressement, abondement d’un plan d’épargne salariale, ou PPV (loi n° 2023-1107).

  • À partir de combien de salariés la participation devient-elle obligatoire dans une entreprise ?

    La participation devient obligatoire à partir de 50 salariés (art. L.3322-2 Code du travail). L’obligation s’applique aussi si l’entreprise fait partie d’une UES totalisant au moins 50 salariés.

  • Est-ce que la prime de partage de la valeur est obligatoire pour les entreprises de plus de 11 salariés ?

    Non. La PPV n’est pas obligatoire du seul fait d’avoir ≥ 11 salariés : elle est un dispositif facultatif (loi n° 2022-1158, art. 1), sauf si l’entreprise entre dans l’obligation expérimentale applicable aux exercices ouverts après le 31/12/2024 où elle doit mettre en place au moins un dispositif (participation/intéressement, abondement d’un plan, ou PPV) (loi n° 2023-1107, art. 5 et, pour certains organismes ESS, art. 6).

  • Comment se calcule l’effectif pour savoir si l’obligation de partage de la valeur s’applique ?

    Pour savoir si le seuil de 11 salariés est atteint (et donc si l’obligation expérimentale peut s’appliquer), l’effectif se calcule selon les modalités de l’art. L.130-1 du Code de la sécurité sociale (renvoi express du décret n° 2024-690 du 5 juillet 2024, art. 1). En pratique, c’est la moyenne des effectifs de chaque mois de l’année civile précédente, en comptant chaque salarié au prorata (temps partiel et présence dans le mois).

  • À partir de quand l’obligation expérimentale de partage de la valeur entre 11 et 49 salariés entre-t-elle en vigueur ?

    L’obligation expérimentale « 11 à 49 salariés » s’applique aux exercices ouverts après le 31 décembre 2024 (donc, pour une entreprise à exercice calendaire, à compter du 1er janvier 2025) (loi n° 2023-1107, art. 5 IV ; pour certains organismes ESS, art. 6). Elle ne se déclenche que si, sur les 3 exercices précédents, l’entreprise a rempli les critères de bénéfice/résultat (et le seuil de 11 salariés s’apprécie selon l’art. L.130-1 CSS, renvoi du décret n° 2024-690 du 5 juillet 2024, art. 1).

Vanessa Rajaofetra
Fondatrice d'Aoria RH
Vanessa Rajaofetra

Fondatrice et directrice de la publication d'Aoria RH, assistant juridique RH spécialisé en droit social français.

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